• Les trois règles danoises

     

    Système d'échange international "oblige" (on pourrait aussi dire "permet", mais cette nuance mettant en valeur le caractère ambitionnel irresponsable du rédacteur de ce billet, nous nous réfugierons opportunément derrière l'omission pour ne pas aborder ce délicat sujet - ah, raté..), système oblige, disions-nous, je participe donc à deux cours de Master. Moi qui suit en seconde année de Licence... on aura vraiment tout vu ! 

    L'un est un cours d'histoire assez classique, "Europe postwar", l'autre, un peu moins traditionnel, est dispensé au département des médias sous le nom de "Theorie of information on Internet and regulation policy". Ces cours ont pour particularité d'être enseignés par des professeurs de renoms (l'un est titulaire de la même chaire que M.Bossuat, alias Grand Manitou de la fac d'histoire cergyssoise, l'autre, un allemand, ancien représentant du monde universitaire pour l'ONU, vient d'interrompre ses cours le temps de participer à des conférences dans des coins perdus tels que Los Angeles ou Rio de Janeiro) à de petits groupes (une vingtaine à tout casser) d'étudiants quelque peu éclairés (nous sommes ici en Master!), ce qui réserve parfois des débats assez profonds (l'arrachage de cheveux du jour fut: "quel est le but d'un empire?".. vaste question).

     

    Autre détail qui relie ces cours entre eux - détail que l'on peut imaginer s'appliquer dans un certain nombre d'autres cours de Master danois, soit dit au passage -, c'est cette fameuse structure auxquels ils obéissent, conditionnée par le "respect des trois règles", concept analysé empiriquement puis théorisé par le toujours-même-rédacteur-de-ce-billet. Pour une meilleure compréhension, nous appuierons l'analyse suivante sur l'exemple de mon cours d'histoire, qui a lieu le mercredi de 13h à 16h.

    La première règle est le fameux "Quart d'Heure Académique", tradition évoquée sur le blog précédemment. L'expression mérite d'être consacrée par des majuscules, car elle fait débuter le cours... un quart d'heure après l'heure prévue! "Europe postwar" commence donc réellement à 13h15, la salle ne se remplissant qu'à partir de 13h10 pour les plus consciencieux du groupe.

    La seconde règle est la pause. Placée généralement en milieu de cours, sa durée est annoncée par le professeur au moment où il la décrète: d'une longueur indéfinie pour "Internet Policy" (toutefois estimée à un bon quart d'heure, NDLR), elle est habituellement d'une demi-heure pour "Europe Postwar"! Trois heures de cours certes, mais, me direz-vous, largement amputé de trois quarts d'heure! Ne bosse-t-on donc vraiment pas dans ce froid pays??

    Ce serait occulter la troisième règle, plus saugrenue pour l'étudiant formaté par l'esprit universitaire gauchiste et légèrement libertaire français dont je me revendique fièrement ici. Celle-ci permet tout simplement au professeur de prolonger son cours à sa guise. En France, cela provoquerait allègrement une vague de protestation immédiate, un sit-in devant la fac, un blocage des universités françaises et une demande de référé devant la cour européenne des droits de l'homme. Au Danemark, personne ne bronche, personne ne râcle sa gorge, personne ne range ses affaires, et tout le monde continue d'apporter sa contribution au débat qui se poursuit. On pourrait presque croire que c'est le professeur lui-même qui doit couper ses ouailles dans leur élan pour réussir à clôturer son cours. Non, vraiment, les conditions d'enseignement ne sont pas les même partout...


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  • Commentaires

    1
    Fab
    Samedi 10 Novembre 2007 à 17:20
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    Les conditions ne sont pas les memes, c'est bien vrai. Sympa la "préface" de l'article, un peu longue ? =) Cela étant, la 3e regle me parrait tellement logique, impensable en France mais logique. Car s'enrichir, acquérir du savoir, des reférences, anecdotes ou quoi que ce soit d'autre est la finalité meme de l'enseignement. Il est clair que les contextes francais et danois sont clairement discociables, reste qu'en France, apprendre et gloabalement considéré comme travailler sans etre payé, et comme tout travail, il y a des horaires. c'est une vision plutot simpliste, péjorative, mais plutot réaliste. Un seul coup d'oeil dans mon département suffit pour voir qu'une énorme partie "étudient" sans considérer la moindre finalité, partis dès qu'il peuvent pour etre "libérés de ce fardeau" et hurlant ne serait-ce que pour rattraper un cours qui n'a pas eu lieu. "On veut commencer tard, finir tot, on retse labas presqu'autant qu'un 35 heures" (je vous l'avoue c'est loin d'etre partout pareil) Des gens qui se plaignent en permanence de faire des études supérieures, ou est la blague? Et moi qui pensait trouver une mentalité du style "à la danoise" d'est ma premiere année post-bac. La grosse différence agissant sur cette mentalité, des étudiants payés au Danemark, des moyens insuffisants dans l'enseignement francais (et qui risquent de chuter encore plus) de 15/16 à 30/33 heures de cours par semaine en France, au maximum 15 pour un étudiant danois. Le simple atout de l'enseignement danois, ou du moins ce que j'ai pu en voir, c'est cette idée selon laquelle un étudiant peu etre autonome et qu'il ne suffit pas de le garder de 8 a 18heures pour qu'il prenne goût au savoir.
    2
    Fab
    Samedi 10 Novembre 2007 à 17:22
    .
    "d'est" Miam.
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