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Pourquoi ce blog a changé | 18 mars 2008

Les jours passent et l'on s'habitue. Progressivement, on a fini par ne plus prêter attention aux particularités de la vie danoise qui étonnaient tant avant : le calme et la sérénité de la ville, les sourires et la politesse des gens, les paysages, la mer et les couchers de soleil, le vent et les caprices imprévisibles du temps, les bus à l'heure et les contrôleurs avenants, l'université, son parc et ses infrastructures, la mode des sacs à dos sportifs et les couleurs vives des coiffures, jupes ou chaussures, les cash-back (retirer de la monnaie à la caisse du supermarché), les journaux gratuits qui pullulent à tous les coins de rue, la vitesse des voitures, les prises électriques sans prise de terre, les sirènes de police américaines ou les cris des mouettes... Ces particularités, on ne les ressent plus qu'à travers le regard des nouveaux arrivants ou, plus occasionnellement, à travers celui de nos visiteurs. Oui, le Danemark est un pays riche et cher. Oui, le Danemark offre un confort de vie indéniable. Oui, le Danemark est un pays froid. Mais on finit par ne plus y faire attention.

Mine de rien, on s'est intégré à la société danoise. On traverse lorsque le petit bonhomme est vert, on boit de la bière et on n'a plus la gueule de bois le lendemain. C'est déjà beaucoup.

Alors forcément, le quotidien se ressent comme tel, maintenant. L'emploi du temps de la semaine prend petit à petit forme, déterminé par les cours, les travaux personnels, les activités, les courses et machines à laver, les soirées. Les seuls surprises ne résident presque plus qu'en les rencontres. Celles-ci se multiplient (meilleur niveau d'anglais aidant), et sont toujours plus enrichissantes. Mais sitôt le dos tourné, le cours terminé ou la soirée quittée, la pression du quotidien revient au galop : la rédaction, la machine et le dîner avec les voisins. Certes, chaque jour apporte son lot de surprises et de situations incongrues. Mais même l'incongru n'étonne plus, il est devenu un quotidien, lui aussi.

Ce n'est pas une question de lassitude. L'étape « mal du pays », nécessaire à toute adaptation, est derrière nous. Ce n'est pas non plus une question d'ennui, au contraire. Se lever chaque jour en se demandant ce qui va bien pouvoir arriver aujourd'hui est un sentiment grisant, presque jouissif. Vivre en se laissant vivre, et vivre quand même. Qui demanderait mieux ?

Forcément, cette habitude, mélange de quotidien redondant et d'incongru récurrent, se ressent dans ce blog. Consacré à la vie quotidienne de son contributeur et à la description de la culture danoise, il puise aujourd'hui son inspiration dans l'actualité internationale, l'opinion personnelle ou l'insolite version large. Le Danemark n'est plus qu'une partie de ce blog comme il n'est plus qu'une partie de notre vie ici. Tout comme la France et ses spécificités ne sont qu'une partie de la vie d'un habitant de Paris, Vénissieux-les-Minguettes ou Cergy. Nous ne vivons plus à travers l'insolite d'un pays, d'une culture et de ses traditions, nous vivons ces traditions et cette culture, dans ce pays. L'insolite a été remplacé par l'habitude.

Or c'est très dur de raconter l'habitude. Surtout dans un aéroport, à trois heures du matin.

Publié par ncls à 03:28:57 dans Voyages voyages | Commentaires (3) |

Professeur K. | 17 mars 2008

C'est un professeur comme tant d'autre ici, qui aligne les titres, diplômes, domaines de recherches, publications et costumes cravates. C'est un professeur comme tant d'autre, un « visiting professor », qui quitte son université d'Harvard trois mois par an pour venir en Europe faire de la recherche et, accessoirement, enseigner.

C'est un homme grand et fin. Il est maigre, d'une maigreur mortuaire. Il a le teint blafard, les traits du visage tirés, les joues creusées, les yeux engoncés. Ses bras et ses jambes, longs et interminables, semblent perpétuellement le gêner, comme s'il ne savait qu'en faire. Ils pendent plus qu'ils ne vivent, dans une coordination précaire. Lorsqu'il se tient droit, ses jambes, peu assurées, branlent. D'ailleurs, il boitille légèrement ; mais lorsqu'il marche, c'est tout son corps qui tressaute. Une espèce de pantin désarticulé.

C'est un homme qui vient de Boston. Et qui pratique, comme il se doit, le « Boston English ». C'est beau, limpide et chantant. Incompréhensible, aussi. Il n'hésite pourtant pas à conclure un certain nombre de ses explications par des réflexions personnelles, prononcées à mi-voix. Lui en sourit, certains étudiants en rigolent, d'autres restent de marbre. Pas compris.

C'est un homme qui semble s'excuser de dispenser son cours, amènant chaque nouvelle idée par un « let me ». Comme s'il craignait qu'un étudiant se lève et lui demande de passer directement au sujet suivant. Et lorsqu'il s'épanche, un sourire se dessine sur ses lèvres, ses mains se croisent et ses doigts s'enlacent. Jusqu'à la prochaine idée.

C'est un homme qui arrive en classe, ôte le sac en plastique de la poubelle, pose la corbeille sur son bureau et installe ses notes dessus. Surélevées, ses feuilles sont, c'est pratique, légèrement inclinées dans sa direction. Il y a trois semaines, c'était un vrai pupitre en bois. La semaine suivante, c'était une ramette de papier. Il se soucie de ses notes. Un peu moins du support.

C'est un homme imperturbable. Il parle, parle et disparaît au milieu d'une phrase. Puis revient quelques secondes plus tard, après un petit tour dans le couloir. C'était en fait pour fermer la porte de la salle. Mais non, il n'a pas arrêté de parler.

C'est un homme distrait. Il a l'air perdu dans les dates, les semaines, les étudiants, les examens. Mais il en rigole discrètement, après s'en être excusé. Lunatique, mais conscient.

C'est un homme cultivé. Qui prend soin d'écrire tous les noms dans leur orthographe d'origine. Quand bien même ceux-ci sont en russe, et que personne dans la salle ne lit l'alphabet cyrillique. Et qui enseigne les relations internationales, dirige le centre d'études sur la guerre froide d'Harvard, après avoir fait un doctorat en... statistiques.

Il est atypique, déconcertant, attachant. C'est un intellectuel.

Publié par ncls à 01:00:08 dans Vie quotidienne | Commentaires (0) |

Tibet libre, Gellerup libre | 15 mars 2008

Les émeutes à Lhassa, Tibet, restent entourées d'un voile de mystère. Les informations qui filtrent ne sont livrées qu'au compte-goutte par des témoins, associations, gouvernement en exil ou, évidemment, par l'agence de presse Chine Nouvelle. D'après ce que rapporte l'Express, les autorités locales auraient promis « récompenses et protection à ceux qui donneront des informations sur les agitateurs ».
 
De là à établir un lien avec les émeutes danoises du mois dernier, il y a un pas que ce blog ne franchira pas - le Danemark reste une démocratie respectant les droits de l'homme, après tout. Mais il me semble intéressant de révéler ici que, peu après le début des incidents urbains, les habitants du « quartier sensible » de Gellerup ont reçu un étrange courrier dans leur boîte aux lettres. Celui-ci leur demandait de révéler à la police les informations qu'ils connaissaient sur les fauteurs de trouble, sous peine de... voir leur loyer augmenter !
 
Ca a un prix, de dire que tout va bien au Danemark.

Publié par ncls à 15:29:39 dans Vie quotidienne | Commentaires (4) |

Neige éternelle | 14 mars 2008

Chaleureux baisers du Pôle nord Danemark,

Nico.

 

Mise à jour (peu après): il fait beau, maintenant. C'est grave, docteur ?

Publié par ncls à 16:48:10 dans Vie quotidienne | Commentaires (1) |

President Bush, chapeau | 13 mars 2008

Parfois il faut savoir reconnaître un point positif, même s'il est bien caché au sein d'une série de mesures, de discours, d'évènements et de faits auxquels on n'adhère pas. C'est bien à ce prix qu'on peut avancer, tous ensemble.

Ainsi donc me baladais-je ce soir sur les archives de la Sécurité Nationale des Etats-Unis d'Amérique, disponibles ici sur le site de la Maison Blanche, et passais en revue tous les discours et communiqués de la première administration Georges W. Bush. Survolant les titres, mon attention était d'un coup captée par un étrange titre: « President's message for Ramadan », daté du 15 Novembre 2001, soit deux mois après les attentats du 11 septembre (et alors que les américains vivaient encore sous le choc de ce traumatisme sans précédent). Par curiosité, je m'y arrêtais un instant et ouvrais le document (à voir ici).

Après avoir adressé ses « plus chaleureuses aux musulmans partout dans les Etats-Unis et dans le monde » pour le nouveau Ramadan, le Président américain continue comme cela: « the Islam that we know is a faith devoted to the worship of one God, as revealed through The Holy Qu'ran.  It teaches the value and importance of charity, mercy, and peace.  And it is one of the fastest growing religions in America, with millions of American believers today. » (« l'Islam que nous connaissons est une foi consacrée à l'adoration d'un Dieu, comme le révèle le Saint Coran. Il apprend la valeur et l'importance de charité, la pitié et la paix. C'est une des religions les plus en essor en Amérique, avec des millions de pratiquants américains aujourd'hui »).

Le paragraphe suivant est un plaidoyer pour la diversité des musulmans, qui « travaillent dans tous les domaines de la vie courante, y compris dans nos forces armées ». Il continue ensuite en citant une phrase du Coran, et en ajoutant sa fierté de voir les Etats-Unis venir en aide (nourriture, médicaments) aux musulmans d'Afghanistan (encore que ce point reste discutable).

Enfin, le communiqué se clôt par un: « we send our sincerest wishes to Muslims in America and around the world for health, prosperity, and happiness during Ramadan and throughout the coming year » (« nous transmettons nos voeux les plus sincères à tous les musulmans, d'Amérique et du monde entier, de santé, de prospérité et de bonheur, pour ce Ramadan et pour l'année à venir »).

Cynique et pragmatique manoeuvre pour se justifier -ou du moins dédouaner- de l'intervention en Afghanistan, ou simple et honnête déclaration destinée à désamorcer l'anti-islamisme amalgamique émergeant ? Optimiste, j'ose pencher pour cette dernière proposition. Pour cela, chapeau, monsieur le Président. C'est bien en rejetant les amalgames que nous devrions avancer, tous ensemble.

Publié par ncls à 00:33:04 dans Opinion | Commentaires (3) |

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L'intro

Lorsque la mémoire était la seule écriture, l'homme chantait.
Lorsque l'écriture naquit, il baissa la voix.
Lorsque tout fut mis en chiffres, il se tut.
R.Sabatier

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