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Allemagne: histoire d'un patronyme | 03 février 2008

Voilà bien longtemps que le sujet me turlupinait le cerveau, et que, le conservant bien au chaud, je m'étais promis d'y trouver une explication. Devant l'immensité de la tâche et mes lacunes en histoire de la linguistique (Ô drame pour l'historien que je suis), ce billet ne présentera qu'une esquisse de la question, qu'une ébauche d'explication. Pointilleux et en quête d'une objectivité maximale, j'espère éviter toute approximation voire pire, toute erreur. Le sujet est certes vaste ; mais « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » a écrit Corneille. Dont acte.

 

Un étrange pays
Jeudi 2 août 2007, début du programme d'été « Denmark Today ». Première mission à l'entrée de l'amphithéatre: trouver et cocher son nom parmis les centaines d'autres noms figurant sur les listes. En face de chaque prénom, un pays, et un premier aperçu des nationalités auxquelles on sera confronté durant ce mois un peu spécial. Un nom attire l'attention, par sa récurrence et son étrangeté. Beaucoup d'étudiants viennent en effet de « Tyskland » (prononcez « Tusklande » en danois). Mais quel est donc cet étrange pays ?

A vrai dire, un simple regard sur les patronymes correspondant à ce pays aurait répondu à l'interrogation, action pourtant rendue impossible par l'urgence avec laquelle nous étions pressés de trouver notre nom. C'est que les noms allemands sont vraiment reconnaissables, grillés à 50 kilomètres à la ronde. Car, oui, « Tyskland » signifie en danois « Allemagne ».

Et c'est là qu'apparaît cette réflexion, dénuée d'interêt en apparence, substancielle après mûre réflexion. La France, par exemple, c'est France pour les francophones, France pour les anglophones, Francia pour les italophones, voire Frankreich pour les germanophones (ce qui, utilisant la même racine « franc », ne diffère que légèrement). De même, l'Angleterre est Angleterre pour les francophones, England pour les anglophones et les germanophones, Inghilterra pour les italophones (là encore, la racine s'y retrouve, à peu d'imagination près). Ou, dans le cas d'un pays plus petit et plus négligeable, le Danemark francophones est Danmark pour les danophones, Denmark pour les anglophones, Dänemark pour les germanophones, voire Dania vu de Pologne (encore une fois, notons une racine commune). Le Deutschland, Allemagne en français, Germany en anglais, Tyskland en danois, possède donc de nombreux noms différents, aux racines dissemblables, et semble être un cas unique en Occident. So, why ?

 

Une histoire, plusieurs peuples
En vérité, il faut s'intéresser à l'histoire de ce pays pour comprendre l'origine de ces nombreuses racines. L'Allemagne, telle qu'on la connaît aujourd'hui en tant qu'unité des peuples allemands, n'a été véritablement formée qu'en 1871 après la victoire sur la France. Au-delà des différents noms que l'on porte au royaume, de Francie Occidentale (IXème siècle) à l'Empire allemand (fin XIXème), en passant par le Saint Empire Romain Germanique (Xème-début XVIIIème), l'histoire de l'Allemagne est surtout l'histoire de différentes principautés et peuples (au contraire de la France par exemple dont l'histoire est basée sur le peuple franc). Les Alamans formaient l'un de ces peuples. C'est ainsi que certaines langues préféraient retenir ce nom ou cette racine: outre l'Allemagne français, on y ajoutera l'Alemania espagnol, l'Alemanha portugais, l'Almanya turc, l'Almaniya (Алманија) azerbaïdjanais, ou encore l'Olmoniya (Олмония) ouzbek. A la décharge de ces langues, d'une certaine manière usurpatrices de l'unité du peuple germanophone, Alamans signifie en gothique « ensemble des hommes ». Comme c'est beau...

A l'instar des pré-citées, d'autres langues faisaient le choix de retenir le nom d'une tribu pour nommer l'ensemble du peuple allemand. Le peuple des Saxons donna naissance au nom du pays allemand: Saksa en finnois, Saksamaa en estonien. C'est également le cas des germains, la Germanie ayant de tout temps désigné la région du nord de l'Europe comprise entre le Rhin et le Danube, opposant ainsi le monde romain et le monde germanique. A la création du St-Empire (qui n'eût de saint que son nom, comme le faisait remarquer Voltaire) pendant le Xème siècle, les anglo-saxons l'appellèrent Romano-Germanique, tandis que les allemands l'appelaient Römisches-Deutsches (Romain-Allemand). C'est ainsi qu'aujourd'hui encore, l'Allemagne est appelée Germany dans la langue anglaise, Germania en italien, roumain, et bulgare (Германия pour être précis), Germaniya (Германия) en russe, Gjermania en albanais, Jerman en indonésien ou, plus artificiel et symbolique, Germanio en espéranto.

Une formation tardive
Le nom original de l'Allemagne, Deustchland, vient du gothique thiuda, signifiant « peuple », avec pour adjectif thiudisk. Thiudisk fut transformé en theodischus puis teudischus par les romains. En vieil allemand, cela devint diutisca, aboutissant finalement à Deutsch, d'où Deutschland, qui apparut au XVIIIème siècle. Cela donna aussi le Duitsland néerlandais et afrikaans, le Däitschland luxembourgeois. Diutisca, trituré, devint en scandinave diutisk, puis progressivement tysk. C'est pourquoi l'Allemagne est appelée Tyskland en danois, norvégien et suédois, Týskland en féroïen. Theodischus donna de son côté thodesche, puis tudesque, que les italiens ont conservé sous la forme de tedesco pour désigner les allemands (même s'ils appellent l'Allemagne Germania).

Enfin, d'autres langues ont progressivement renommé l'Allemagne au mépris de toute règle ou de racine d'origine. C'est ainsi que les langues slaves (russe excepté) désignent l'Allemagne comme le pays de « ceux qui ne savent pas parler »: Niemcy en polonais, Nemecko en slovaque, Německo en tchèque, Njemačka en bosniaque, Nemčija en slovène, Niametchyna (Нямеччына) en Biélorusse, Njámco en dialecte tsigane. Au contraire, et plus drôle, les langues baltes désignent l'Allemagne comme « le pays des gens qui gueulent »: Vokietija en lituanien, Vācija en letton. Autre détail amusant: en vietnamien, Đức, utilisé pour nommer l'Allemagne, signifie aussi « vertu », faisant ainsi de l'Allemagne le pays de la vertu... Enfin, avis aux amateurs, en chinois Allemagne s'écrit ドイツ !

 

A la lumière de ces éléments, il convient de s'interroger sur l'importance de l'origine du nom d'un pays, d'une nation, d'un peuple. Il apparaît clairement que, peu importe qui il soit, un pays ne choisit pas son nom, mais que celui-ci lui est attribué au gré de l'histoire et des évènements. L'histoire de son peuple d'abord, et les évènements opposant d'autres peuples au sien ensuite. Un peuple seul n'est donc pas dépositaire du nom de sa nation, celui-ci dépend aussi de l'image renvoyée par son peuple au reste de l'universalité. Dans le cas du peuple allemand, peut-on y voir une ouverture inconsciente sur le reste du monde ? Ou, au contraire, la marque d'une emprise inconsciente du monde -de ses voisins particulièrement- sur l'Allemagne, pays si tardivement unifié, aux frontières si longtemps prisées, et en proie à une histoire si mouvementée ? Vaste entreprise qui, justifiée ou non, n'aura pas le mérite d'être abordée ce soir. La philo, ça n'a jamais été mon fort. Je ne suis qu'historien, après tout.

Publié par ncls à 02:46:39 dans Insolite | Commentaires (5) |

Tempête de neige ! | 02 février 2008

  

Comme quoi le temps change très vite, au Danemark, parfois dans l'excès.

Donc cet après-midi il faisait beau temps, très beau même. Pas un nuage à l'horizon, et un grand soleil réchauffant. Obligé d'incliner le store de la chambre pour ne pas aveuglé. Affront suprême, j'irai à ma boîte aux lettres en claquettes et tee-shirt...

Et puis, je sais pas. Une demi-heure d'inattention, coup d'oeil dehors et consternation. Non, il ne neige pas simplement. C'est plutôt une véritable tempête de neige, déposant plusieurs centimètres de neige et rendant le paysage tout blanc. Tempête vite balayée par le vent, laissant place à un magnifique soleil... qui ne fit pas fondre la neige pour autant. La soirée s'annonce donc... glissante !

  

Publié par ncls à 17:53:01 dans Vie quotidienne | Commentaires (1) |

Retour au Danemark | 02 février 2008

Jeudi 31 janvier 2008. 

Bus à 16h55. Chargé comme une mule - les sacs, pas le bus. 17h14, arrivée à la préfecture. Le temps d'acheter un billet, un hebdo, courts adieux et embarquement dans le RER de 17h22. Parcours traditionnel, un petit contre-temps à la défense, descente à Auber aux alentours de 18h10. Métro 8, direction Créteil, cinq stations, puis métro 3, direction Gallieni, six ou sept stations. En sueur, terminus à Gallieni dont la sortie donne sur la gare routière, 18h35. Un petit tour par le guichet, petite discussion, embarquement du sac -violon et ordinateur voyageront en cabine-, 19h15. Par chance, le bus est à moitié vide : sans voisin, la nuit s'annonce moins terrible.

19h30, sans pitié pour retardataire éventuel, le chauffeur démarre. Ou plutôt, « les » chauffeurs. De Paris à Hambourg, ils sont deux. Ce soir, ils rigolent bruyamment. En allemand. Généralité : un chauffeur Eurolines ne parle pas français, et peu anglais. Quand ils jugent utile de s'adresser aux voyageurs -ce qui est rare-, c'est avec un curieux mélange d'allemand et d'anglais. Après le « franglais », l' « allemanglais ». Ou, rendons à Shakespeare ce qui lui appartient, le « germanglish » ?

Un des chauffeurs est un « habitué ». La quarantaine, chauve, air débonnaire, bref, le gentil. Quant au méchant, il n'a pas l'air méchant, ce soir. D'habitude, le méchant est petit et teigneux - fait penser à quelqu'un ça, tiens. Il a le ton nasillard, harangue les voyageurs au chargement des bagages, réitère au déchargement, navigue perpétuellement entre le sourire et les hurlements. Il est conciliant, pointilleux, rigolard, hautain. Son anglais est teinté d'un accent germano-turque, plutôt étrange. Nullement consciencieux de sa pratique linguistique, il n'hésite pas à revenir à l'allemand en milieu de phrase ; d'où l'intérêt d'étudier l'allemand à l'école, si si.

Il fait maintenant 38°C dans le bus, indique l'horloge/thermomètre. C'est un peu mieux qu'au départ, où elle indiquait 42°C, véridique. Arrivée en Belgique, un peu plus de deux heure après avoir quitté Paris. A la différence de la France, ici les autoroutes sont éclairées. On voit mieux la route mais on a plus de mal à trouver le sommeil ; il faut savoir faire des concessions. Le vent souffle fort et la pluie redouble d'intensité, mais un bus eurolines, ça glisse bien sur piscine bitumée.

Bruxelles, le bus repart après une pause d'un quart d'heure. En face de la Basilique, un immeuble est en feu. Les pompiers sont juchés sur les grandes échelles. L'intérieur du bâtiment ressemble à un gouffre rempli de flammes. Imperturbable, le bus continue sa route vers Eindhoven, longeant le parc du château royal.

Comme d'habitude, réveil au milieu de la nuit -2h- par la douane hollandaise. Contrôle des papiers de tous les passagers, salut amical au chauffeur, simple formalité vous pouvez circuler. Deux heures plus tard, la formalité semble moins évidente pour la police allemande. Toutefois au bout de quelques minutes le policier conclut par un « alles ist schön ». Ouf, on va pouvoir repartir. L'air commence à se rafraîchir : il ne fait plus que 37°C au thermomètre du bus.

Changement à Hambourg, 7h du matin. Déchargement des bagages vers le bus d'à côté, et c'est parti pour l' « omnibus danois » : il s'arrêtera à Kiel, Flensburg, Kolding, Vejle, Arhus et Aalborg.

Les autoroutes danoises n'ont pas changé. Deux voies de chaque côté, elles sont faîtes de virages lents et réguliers, une fois à gauche, une fois à droite, et ce perpétuellement. Elles traversent une campagne verte et redondante, et parfois de petites forêts. La pluie, après une accalmie, a refait son apparition. Un vent violent oblige continuellement le chauffeur à redresser la course de son véhicule. En face, un accident vient de se produire. Une voiture est est salement amochée le long du terre-plein central, un semi-remorque est en travers de la route. Bientôt, le viaduc surplombant la mer.

Århus, 13h30. Quinze minutes de retard. Un rayon de soleil perce les nuages, balayant la pluie qui accompagnait le bus depuis Paris. Détour par l'office du tourisme de la ville, pour prendre une carte de bus mensuelle, en anglais. Je réponds par « tak » (merci, en danois), et la fonctionnaire me sourit et me dit gentiment en anglais : « mais vous parlez un peu notre langue ! ». Reste vingt minutes de bus, et arrivée à destination.

Vendredi 1er février 2008. Bienvenue au Danemark.

Publié par ncls à 01:58:10 dans Voyages voyages | Commentaires (0) |

Make Lego, not war... | 29 janvier 2008

...et ça fait cinquante ans que ça dure ! Ou plus précisément, cinquante ans et un jour. C'est en effet le 28 janvier 1958, à 13h58 pour être précis, que le danois Godtfred Kirk Christiansen déposait le brevet de cette brique si caractéristique, offrant 24 combinaisons possibles d'assemblage avec deux briques et... 915 millions avec six briques !

En réalité, l'histoire de la brique Lego (de leg godt, «se joue bien» en danois) dure depuis plus d'un demi-siècle. C'est au sein de la famille Christiansen qu'elle fut imaginée, réalisée puis améliorée. Honnêtes charpentiers danois installés à Billund, la crise financière de l'entre-deux guerres reconvertit la famille dans la fabrication de jouets en bois. Après la seconde guerre mondiale, elle inventa un camion pouvant être assemblé puis démonté, et en arriva au concept de brique en 1949. Celle-ci fut peu à peu améliorée, jusqu'au modèle final de 1958, qui n'a plus évolué depuis garantissant ainsi une parfaite compatibilité.

La brique Lego laisse derrière elle quelques anecdotes fameuses. Ainsi en 1987, l'alpiniste sud-coréen Heo Young-Ho laissa derrière lui un jeu Lego après avoir gravi l'Everest. Et pendant longtemps, la brique verte n'exista pas, afin de ne pas être utilisée pour construire des véhicules militaires et ne pas faire de Lego un jeu militariste. Fait amusant, les moules ont une telle importance stratégique qu'au lieu d'être jetés, ceux qui sont désuets sont coulés dans le béton d'un nouveau bâtiment du groupe.

Lego, historique entreprise danoise, vend sept boîte chaque seconde dans le monde, et produit 19 milliards d'éléments chaque année...

Plus d'infos avec l'AFP, CanadianPress et Wikipédia

 

Publié par ncls à 16:04:12 dans Insolite | Commentaires (0) |

Chroniques élyséennes: Bruni, on ne vous a pas tout dit | 23 janvier 2008

Faut-il s'en offusquer ? Faut-il en rire ? Faut-il en parler, ou ignorer ? Mais non, promis, ce blog n'est pas, n'a jamais été et ne sera jamais une succursale de Gala ! (photo El Pais)

 

Il y a d'abord ce que tout le monde, ou à peu près, sait. Nicolas Sarkozy doit se rendre en Inde ce week-end en visite officielle. Carla Bruni aurait dû l'accompagner, mais ne viendra finalement pas, l'inde restant un pays conservateur où le comportement de Sarkozy pourrait, à défaut de choquer, émouvoir. Sans compter les problèmes de protocole: première dame de France ou non ? A signaler que l'Elysée aurait tardé à informer l'Inde de la venue ou non de l'ex-mannequin, ce qui aurait particulièrement agacé les autorités indiennes.

Il y a ensuite ce qu'on voit, ce que l'on murmure tout bas. Paraîtrait-il qu'elle prépare un troisième album, qu'elle sortira avant son mariage. Signe que la chanteuse n'a pas décroché du star-système depuis le début de sa "relation présidentielle", elle apparaît aussi dans cette publicité pour Lancia.

 

Il y a aussi ce dont on ne parle pas, ou pas encore. C'est le "buzz" (comprenez scoop circulant entre internautes) du jour. Carla Bruni aurait accepté de poser nue, une dernière fois, pour le magazine espagnol DT. La révélation vient des sérieux quotidiens El Pais et El Mundo, qui dévoilent au passage ce premier cliché de la série. Les médias alternatifs se délectent. Le Nouvel Obs a osé, mais est resté discret. Le comportement de la presse "traditionnelle" les jours prochains sera, sans doute certain, intéressant à décrypter.

Et enfin, il y a ces vieux démons, ces histoires qu'on aurait bien aimé oublier. Et qui, ajoutés à tous les éléments précédents, sans compter un certain agacement des français (selon les sondages) devant l'espèce de mercantilisme épicurien présidentiel, ne sortent vraiment pas au bon moment. C'est le cas de cette interview publiée en fin de semaine dernière par le Daily Mail, qu'un journaliste du tabloïd aurait réalisé alors que Carla Bruni ne connaissait pas encore Nicolas Sarkozy. Elle révélait qu'elle ne se sentait « pas du tout française » (elle a un passeport italien), que les français ont un « mauvais état d'esprit », et qu'ils sont tous « misérables » et « négatifs ». Elle ajoutait que Paris était une ville inhabitable à cause de la pollution, et critiquait la fierté du peuple français pour sa langue. A la dernière question - « croyez-vous que les petits hommes ont plus de caractère que les grands ? » -, elle répondait « il y a sûrement quelque chose comme ça: Napoléon, Sarkozy... »

Voilà qui tombait bien, on manquait d'une Joséphine à l'Elysée.

Publié par ncls à 15:09:13 dans Opinion | Commentaires (0) |

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L'intro

Lorsque la mémoire était la seule écriture, l'homme chantait.
Lorsque l'écriture naquit, il baissa la voix.
Lorsque tout fut mis en chiffres, il se tut.
R.Sabatier

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