• Paul Amar, ou de la neutralité dont le journaliste devrait faire preuvre

    C'est le Canard Enchaîné qui en a fait la révélation dans son édition de mercredi dernier. L'émission « Pékin Express » serait truquée. Un ancien journaliste de la société de production qui a vendu la mèche, et ses propos ont été corroborés -voire même étayés- par d'autres journalistes et d'anciens candidats du jeu. Réplique immédiate, M6 a porté plainte pour diffamation. Logiquement, Paul Amar revenait donc sur cette affaire hier dans « Revu et Corrigé », son émission hebdomadaire de « décryptage des médias et de l'actualité » sur France 5 - et visible pendant une semaine en cliquant ici (à 1h05 pour l'extrait en question).

    Sont invités sur le plateau le journaliste à l'origine des révélations, un avocat spécialisé dans le droit audiovisuel, et un ex-candidat prêt à porter plainte contre M6. En face, deux participantes de la saison diffusée en ce moment. Et dans le rôle du modérateur, un ancien candidat, prêt à reconnaître quelques tricheries, mais garant de la réalité aventuresque de l'émission. Pendant plusieurs minutes, le débat est vif, passionné et honnête, chacun apportant ses propres arguments. Pressé par le temps, Paul Amar, en bon maître de cérémonie, finit par lancer le dernier reportage, et reprend l'antenne avec seulement deux minutes devant lui. Il demande alors, en guise de conclusion, à Philippe Bartherotte, le journaliste auteur des révélations, si l'émission est compromise. Celui-ci lui répond que très certainement non, Pékin Express restant une très belle émission d'aventure - sans compter qu'un tel tapage médiatique pourrait bien faire grimper l'audimat en flèche. Paul Amar, droit dans son rôle de maître de discussion, se tourne ensuite vers l'ancien candidat mécontent. Celui-ci, remonté, se dit déçu et « roulé ».

    L'autre ex-candidat, plus modéré, prend alors la parole. S'alignant avec Bartherotte, il explique que malgré tout le tapage médiatique, l'émission reste une belle aventure à laquelle il est fier d'avoir participé. Et que si le journaliste a révélé les trucages, c'est pour éviter que les candidats de la prochaine saison ne parte dans « un truc qui soit arrangé un tout petit peu ». « Si c'est truqué, c'est pas toute l'émission », ajoute-t-il. Amar lui coupe alors la parole, et en guise de conlusion, assène d'un ton sec et déterminé: « dès qu'il y a un trucage, c'est terminé, excusez-moi » (01h29mn10). On coupe les micros, un petit mot sur le premier débat de la soirée, aux revoirs et fin de l'émission. Oh, monsieur Amar, la boulette !

    Soit Paul Amar est journaliste-présentateur, droit dans son objectivité, ne se permet pas de juger, se contente de diriger ou d'enrichir le débat et conclut de façon neutre, laissant le spectateur se faire sa propre opinion. Soit Paul Amar est journaliste-justicier, droit dans ses baskets de Journalistomas du petit écran ; mais dans ce cas, pourquoi faire un débat en plateau si la partie est jouée d'avance ?

    « Pékin Express » reste une belle aventure. Les candidats, qu'ils soient peu ou prou aidés ou avantagés, participent à une belle aventure, passionnante, longue, haletante. Et surtout exceptionnelle, dans des paysages de rêve et au milieu de population bien souvent accueillante. Jusqu'à preuve du contraire, l'émission n'est pas tournée dans les studios de la plaine St-Denis. Alors, rien que pour ça, Paul Amar n'a pas le droit de renier d'un revers de la main et d'une phrase aussi lapidaire une émission qui -qu'on l'aime ou pas- a depuis toujours remporté un grand succès. Surtout lorsque cette émission est diffusée sur... une chaîne concurrente. Et quand bien même Paul Amar voudrait se placer du point de vue d'un « téléspectateur lambda » déçu d'avoir été trompé par M6, il n'est pas sûr que ce dernier réagisse de la sorte.

    Il n'est, en effet, pas nouveau que les émissions de télé-réalité restent de la télévision avant d'être de la réalité. Il n'est pas nouveau qu'une partie des émissions de ce type ne peuvent pas être neutres. Tout producteur a besoin de difficultés, de rebondissements ou histoires saugrenues pour conserver l'attention de ses téléspectateurs. Et ce serait prendre les téléspectateurs pour des imbéciles que d'imaginer qu'ils suivent ces émissions sans l'ombre d'un doute et qu'ils les prennent pour vérité comptante. Tout joue contre: la sélection et la formation des candidats (critères personnalitaires), les détails techniques (caméramans et journalistes) et sécuritaires (régions souvent dangereuses). Bien que cet optimisme ait pris un coup dans l'aile le 6 mai dernier, je pense sincèrement que les téléspectateurs français sont plus autonomes d'esprits que Paul Amar ne voudrait les considérer. Enfin, j'espère.


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