• C'est un professeur comme tant d'autre ici, qui aligne les titres, diplômes, domaines de recherches, publications et costumes cravates. C'est un professeur comme tant d'autre, un « visiting professor », qui quitte son université d'Harvard trois mois par an pour venir en Europe faire de la recherche et, accessoirement, enseigner.

    C'est un homme grand et fin. Il est maigre, d'une maigreur mortuaire. Il a le teint blafard, les traits du visage tirés, les joues creusées, les yeux engoncés. Ses bras et ses jambes, longs et interminables, semblent perpétuellement le gêner, comme s'il ne savait qu'en faire. Ils pendent plus qu'ils ne vivent, dans une coordination précaire. Lorsqu'il se tient droit, ses jambes, peu assurées, branlent. D'ailleurs, il boitille légèrement ; mais lorsqu'il marche, c'est tout son corps qui tressaute. Une espèce de pantin désarticulé.

    C'est un homme qui vient de Boston. Et qui pratique, comme il se doit, le « Boston English ». C'est beau, limpide et chantant. Incompréhensible, aussi. Il n'hésite pourtant pas à conclure un certain nombre de ses explications par des réflexions personnelles, prononcées à mi-voix. Lui en sourit, certains étudiants en rigolent, d'autres restent de marbre. Pas compris.

    C'est un homme qui semble s'excuser de dispenser son cours, amènant chaque nouvelle idée par un « let me ». Comme s'il craignait qu'un étudiant se lève et lui demande de passer directement au sujet suivant. Et lorsqu'il s'épanche, un sourire se dessine sur ses lèvres, ses mains se croisent et ses doigts s'enlacent. Jusqu'à la prochaine idée.

    C'est un homme qui arrive en classe, ôte le sac en plastique de la poubelle, pose la corbeille sur son bureau et installe ses notes dessus. Surélevées, ses feuilles sont, c'est pratique, légèrement inclinées dans sa direction. Il y a trois semaines, c'était un vrai pupitre en bois. La semaine suivante, c'était une ramette de papier. Il se soucie de ses notes. Un peu moins du support.

    C'est un homme imperturbable. Il parle, parle et disparaît au milieu d'une phrase. Puis revient quelques secondes plus tard, après un petit tour dans le couloir. C'était en fait pour fermer la porte de la salle. Mais non, il n'a pas arrêté de parler.

    C'est un homme distrait. Il a l'air perdu dans les dates, les semaines, les étudiants, les examens. Mais il en rigole discrètement, après s'en être excusé. Lunatique, mais conscient.

    C'est un homme cultivé. Qui prend soin d'écrire tous les noms dans leur orthographe d'origine. Quand bien même ceux-ci sont en russe, et que personne dans la salle ne lit l'alphabet cyrillique. Et qui enseigne les relations internationales, dirige le centre d'études sur la guerre froide d'Harvard, après avoir fait un doctorat en... statistiques.

    Il est atypique, déconcertant, attachant. C'est un intellectuel.


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  • Les émeutes à Lhassa, Tibet, restent entourées d'un voile de mystère. Les informations qui filtrent ne sont livrées qu'au compte-goutte par des témoins, associations, gouvernement en exil ou, évidemment, par l'agence de presse Chine Nouvelle. D'après ce que rapporte l'Express, les autorités locales auraient promis « récompenses et protection à ceux qui donneront des informations sur les agitateurs ».
     
    De là à établir un lien avec les émeutes danoises du mois dernier, il y a un pas que ce blog ne franchira pas - le Danemark reste une démocratie respectant les droits de l'homme, après tout. Mais il me semble intéressant de révéler ici que, peu après le début des incidents urbains, les habitants du « quartier sensible » de Gellerup ont reçu un étrange courrier dans leur boîte aux lettres. Celui-ci leur demandait de révéler à la police les informations qu'ils connaissaient sur les fauteurs de trouble, sous peine de... voir leur loyer augmenter !
     
    Ca a un prix, de dire que tout va bien au Danemark.

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  • Chaleureux baisers du Pôle nord Danemark,

    Nico.

     

    Mise à jour (peu après): il fait beau, maintenant. C'est grave, docteur ?


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  • You cannot imagine the difficulty to stay concentrate during a whole course. Even if the subject is very interesting - today we were talking about « Italy in the European Union ». Linked to this subject, we found a solution with my italian neighbour to spend time... and test our knowledge in geography !

     

    Italy drawn by a French guy...

     

    France drawn by an Italian girl...

     

    Well... I accept to recognize my defeat. Shame on me, shame on us. We should look more beyond our borders, at school !

    However, one good point. Fortunately, my neighbour was Italian. Not Peruvian, Buthanese or Tibetan.


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  • Mieux vaut ne pas être ambassadeur du Danemark, dans les temps qui courent. Si sur le plan intérieur, la situation est revenue à la normale après une bonne semaine de troubles urbains, l'affaire de la reproduction des caricatures dans dix-sept journaux danois à la mi-février (et longuement détaillée ici) reste sensible au Moyen-Orient et, plus généralement, dans les pays à majorités musulmanes.

    Ca avait en fait démarré très fort, dès le 13 février, jour de la parution des caricatures. Dès le milieu de la journée, l'ambassadeur danois était convoqué chez le ministre des affaires étrangères iranien, pour se voir signifier le mécontentement des dirigeants iraniens. La menace est claire: rupture des relations diplomatiques entre les deux pays si le Danemark ne présente pas d'excuses officielles. Evidemment, celles-ci ne viendront jamais.

    Le lendemain, les réactions continuaient à affluer. Au Koweït d'abord, où les parlementaires appelaient au boycott du Danemark sous toutes ses formes. Par communiqués, le Hamas et le OCI (Organisation de la Conférence Islamique) condamnaient également fermement la nouvelle publication des caricatures. Le lendemain, jour de la prière oblige, un certain nombre de manifestations anti-danoises se déroulaient dans les rues de la bande de Gaza et du Pakistan, où le drapeaux rouge et blanc fut brûlé. Puis vint le tour de l'Egypte en début de semaine suivante: annulation de matchs de football contre les équipes du Danemark juniors, puis condamnation de caricatures, censure des journaux, manifestations étudiantes et convocation de l'ambassadeur. Peu après, c'était à la Conférence Irakienne de condamner la reproduction des dessins. Dans d'autres pays, des campagnes de presse s'organisèrent aussi: en Jordanie, une campagne publicitaire encourageait à une rupture des relations diplomatiques avec le Danemark et à l'expulsion de son ambassadeur, tandis qu'en Mauritanie des médias faisaient pression pour pousser le Danemark à stopper «les agressions farouches menées par les milieux de droite contre le prophète Mahomet».

     


    Crédits photo: AFP

     

    Mardi 26, presque deux semaines plus tard, c'était au tour du Soudan de décréter le boycott des produits danois, le chef du gouverement soudanais invitant «tous les musulmans du monde entier» à faire la même chose. Deux jours plus tard, un ministre du Yémen déclarait devoir envisager une rupture des relations avec le Danemark «s'ils continuent à publier des caricatures comme celles-ci». Puis la flamme de l'indignation s'empara de l'Afghanistan, où des responsables religieux défilèrent dans les rues et où certains parlementaires crièrent «mort aux ennemis de l'islam». Enfin, cette semaine, ce fut au tour du Conseil des Oulémas du Maroc et de la Haute Assemblée Islamique tunisienne de condamner l'attitude des journaux danois.

    Il peut s'avérer intéressant de souffler deux minutes, et de lister tous ces pays sus-cités: Iran, Koweït, Palestine, Pakistan, Egypte, Irak, Jordanie, Mauritanie, Soudan, Yémen, Afghanistan et, dans une moindre mesure, Maroc et Tunisie. Rien que ça. Bien sûr, il ne s'agit, dans un certain nombre de cas, que d'initiatives isolées. Bien sûr, contrairement à 2006, la situation semble moins grave, moins inquiétante, moins radicale. Bien sûr, cette fois-ci, certains gouvernements radicaux ou fondamentalistes font preuve de plus de prudence, n'ayant pas envie de se retrouver avec du sang sur les mains, comme ce fut malheureusement le cas deux ans plus tôt. Mais tout de même, il y a bien un mouvement lent, indéniable, inquiétant, émergeant -renforcé avec l'actuelle controverse autour du film anti-islamique d'un député néerlandais. La fracture Orient/Occident semble s'aggraver, passant du statut de pessimiste théorie pour prendre une forme plus rationnelle.

    C'est une conséquence du phénomène de mondialisation: des nouvelles technologies d'information et de communication aux diasporas et replis communautaires, le monde des sociétés évolue logiquement et inéluctablement vers une société mondiale. Le choc des civilisations ne pourra être amorti que par des concessions des différents partis. Or, en republiant les caricatures, les journaux et le gouvernement danois savaient pertinemment à quelles réactions s'attendre. Là est -et j'accuse- leur responsabilité.

    Le choc des civilisations. Le défi du 21ème siècle. Chouette programme en perspective !


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